C'est le livre qui m'a le plus marquée ces derniers temps.
Il m'a presqu'autant appris que celui de de Kénizé Mourad, "Le parfum de notre terre", qui interrogeait des palestiniens et des juifs, pour tenter d'écouter les deux voix du conflit.
Kénizé Mourad est l'auteur du roman "De la part de la princesse morte", qui est l'histoire de sa mère, princesse Selma née dans un palais d'Istambul .
Yasmina Khadral, lui est un homme, comme son nom ne l'indique pas,et un homme algérien.
Il tente de faire comprendre aux occidentaux l'impossible.
Ce qui pousse les attentats suicides à être perpétrés.
Car, si cela est un comportement humain, et malheuruesement tellement partagé, il peut et doit être expliqué.
Et le fait d'écrire cette quête d'explications sous la forme d'un roman permet de nous la faire comprendre à travers des émotions.
Cela me fait penser à ces lignes lues dans l'hebdomadaire Jeune Afrique:
"Un intellectuel syrien de renom, laïc et progressiste, admirateur du siècle des lumières, nous fit un jour cette confidence teintée de honte: le 11 Septembre 2001, lorsqu'il vit à la télévision les tours du World Trade Center s'effondrer, il ne put s'empêcher d'éprouver un sentiment fugace de joie.
Il ne s'agit pas ici de l'excitation qui peut nous effleurer en présence d'images stupéfiantes ni du sentiment extravagant, proche de la sénilité de ce compositeur allemand qui vit dans la conflagrationde Manhattan une sorte d'oeuvre d'art.
Non, il s'agit d'un sentiment plus profond, partagé par beaucoup d'intellectuels ou de simple citoyens du monde arabe, celui d'avoir assisté à une juste rétribution.
Enfin! les Etats Unis ressentaient dans leur chair et sur leur sol, ce que nous connaissont depuis des décennies : le désarroi. l'amertume, le sentiment d'impuissance."
C'est sans doute un piètre sentiment de vengeance. Mais seuls ceux qui ont vécu l'humiliation peuvent en juger...
Quelques renseignments sur ce livre,( piqués sur un autre blog) :
L'ATTENTAT
DE YASMINA KHADRA
CATEGORIE : LITTÉRATURE FRANÇAISE XXIÈ
Date de publication : 7/9/2005
Editeur : Julliard
Pages : 268
«L'émoi et l'effroi ne font pas bon ménage avec le sang-froid»
Extrait du livre "L'Attentat"
RÉSUMÉ DU LIVRE
Amine, chercheur israélien d'origine palestinienne, a toujours refusé de prendre parti dans le conflit qui oppose son peuple à son peuple d'adoption et s'est entièrement consacré à son métier et à sa femme Sihem. Jusqu'au jour où un attentat se produit à Tel Aviv. Son ami Naveed, policier, lui annonce alors que Sihem a été tuée et qu'elle est en plus soupçonnée d'être la kamikaze.
LA CRITIQUE EVENE
Le sujet n'était pas évident.
Pour aborder le thème des kamikazes israéliens, il fallait au moins l'audace de Yasmina Khadra - Mohammed Moulessehoul de son vrai nom ; rien à voir, donc, avec la femme qu'on aurait pu imaginer.
L'auteur emmène son lecteur, passionné dès les premières lignes de ce roman époustouflant, dans les méandres de la conscience humaine.
Et la conscience est ici double. Il y a d'abord celle d'Amine, cet éminent chirurgien d'origine arabe et naturalisé israélien, qui tente de comprendre.
La question n'a de cesse de revenir : pourquoi ? Pour quelles raisons sa femme, cet être doux, dénué de haine et de mystère, s'est-elle fait exploser dans un restaurant, bondé d'enfants de surcroît ?
Pourquoi ne lui a-t-elle rien dit ?
Et comment lui, qui l'aimait tant, qui lui avait donné toute sa vie, n'a-t-il rien vu venir ?
Dans sa quête éperdue pour approcher les raisons qui ont pu motiver un tel acte, Amine va devoir se frotter à ces hommes et ces femmes qui n'ont en tête que la cause palestinienne... au péril de leurs propres vies.
Le récit est haletant, mené par une plume brillante et concise.
L'auteur n'a aucun mal à nous tirer des larmes de chagrin et d'incompréhension, de compassion et de haine.
Yasmina Khadra souhaitait devenir 'une plume au service de la littérature, cette sublime charité humaine.'
Pari réussi.
Faustine Amoré
LA REVUE DE PRESSE
Le Magazine Littéraire - Alexandra Lemasson (Novembre 2005)
'L'Attentat' est un roman sur l'intégrisme mené à la manière d'une enquête policière. Yasmina Khadra ne néglige aucune piste pour tenter de remonter jusqu'à la source du Mal. Un voyage initiatique au coeur du terrorisme qui ébranle toutes les certitudes."
L'Express - Daniel Rondeau (5 Septembre 2005)
"Ce qu'il y a de bien avec Khadra, c'est qu'il laisse le mystère conduire son récit. L'énigmatique ressort de la vie plutôt que les conformismes d'époques et les idées toutes faites."
MORCEAUX CHOISIS
La plus belle phrase :
Il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l'on t'a confisqué
La phrase à retenir :
Je ne me souviens pas d'avoir entendu de déflagration.
La phrase à retenir :
Avec le temps, on finit par ne plus prêter attention aux choses comme il se doit.
LES EXTRAITS de "L'Attentat"
"Naveed prend son courage à deux mains et me demande :
- Est-ce que Sihem est à la maison ?
Je sens mes mollets fléchir, mais je me ressaisis vite.
- Pourquoi ?
- Est-ce qu'elle est à la maison, Amine ?
Son ton se veut insistant, mais son regard s'affole déjà.
Une serre glaciale me froisse les tripes. Coincée dans mon gosier, ma pomme d'Adam m'empêche de déglutir (... )
- Nous avons un cadavre sur les bras et il nous faut mettre un nom dessus (... ) je crois qu'il s'agit de ta femme, Amine, cède-t-il, mais nous avons besoin de toi pour en être sûrs. "- Page : 3435 - Editeur : Julliard - 2005
"Je me sens me désintégrer...
Quelqu'un me saisit par le coude pour m'empêcher de m'écrouler.
L'espace d'une fraction de seconde, l'ensemble de mes repères se volatilise.
Je ne sais plus où j'en suis, ne reconnais même plus les murs qui ont abrité ma longue carrière de chirurgien...
La main qui me retient m'aide à avancer dans un couloir évanescent.
La blancheur de la lumière me cisaille le cerveau.
J'ai l'impression de progresser sur un nuage, que mes pieds s'enfoncent dans le sol.
Je débouche sur la morgue comme un supplicié sur l'échafaud.
L'autel est recouvert d'un drap maculé de sang...
Sous le drap maculé de sang, on devine des restes humains... "
- Page : 35 - Editeur : Julliard - 2005
Comment me regarder dans une glace sans me voiler la face, avec mon amour-propre en charpie et ce doute, qui, malgré sa mise devant le fait accompli, continue de se jouer de mon chagrin.
Depuis que le capitaine Moshé m'a livré à moi-même, impossible de fermer les yeux sans me retrouver nez à nez avec le sourire de Sihem.
Elle était si tendre et prévenante et paraissait s'abreuver aux sources de mes lèvres quand, mon bras autour de sa taille, debout dans notre jardin, je lui racontais les beaux jours qui nous attendaient, les grands projets que j'échafaudais pour elle.
Je sens encore ses doigts étreignant les miens avec un engouement et une conviction qui me semblaient indéfectibles.
Elle croyait dur comme fer aux lendemains qui chantent, et mettait du coeur à l'ouvrage chaque fois que le mien s'essoufflait.
Nous étions si heureux, si confiants l'un en l'autre.
- Page : 133 - Editeur : Julliard - 2005
EN SAVOIR PLUS :
YASMINA KHADRA
Pendant des années, Yasmina Khadra a publié des livres qui ont connu un succès mondial ; derrière ce pseudonyme, se cache un officier supérieur de l'armée algérienne, Mohammed Moulessehoul, qui décide...
DU MÊME AUTEUR
» Les Sirènes de Bagdad
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